Contexte : une ressource sous tension

La vallée de la Castellane, située au cœur du Parc naturel régional des Pyrénées catalanes, fait face à des défis majeurs liés à la raréfaction de la ressource en eau. Les sécheresses répétées, aggravées par le changement climatique, ont accentué les tensions entre les différents usagers : agriculteurs, gestionnaires de canaux d’irrigation, communes pour l’eau potable et acteurs de la préservation des milieux aquatiques. Des assecs réguliers de la rivière, des difficultés pour l’alimentation en eau potable et des conflits d’usage ont révélé l’urgence d’agir collectivement.

Une démarche collaborative

Signature du protocole le 3 juillet 2026, à Mosset

Face à cette situation, le Parc naturel régional des Pyrénées catalanes a initié un travail de concertation et d’animation pour élaborer un protocole de partage de la ressource en eau. Cette démarche est réalisée en partenariat avec le Syndicat mixte Têt Bassin Versant (SMTBV), les Associations syndicales autorisées (ASA) des canaux, la mission Canaux de la Chambre d’agriculture, la Fédération des canaux du Conflent, les mairies et les services de l’État.

Ce protocole, fruit de deux années de travail, a été signé collectivement le 3 juillet 2026 à Mosset, en présence du sous-préfet, marquant une étape clé vers une gestion équilibrée et durable.

Les objectifs du protocole

Le protocole vise à :

  • Concilier les usages : satisfaire les besoins en eau potable, l’irrigation des terres agricoles et des jardins, l’abreuvement du bétail, tout en préservant les milieux aquatiques et la biodiversité des cours d’eau.
  • Organiser le partage : définir des règles claires pour la répartition de la ressource entre les neuf canaux d’irrigation de la vallée, en fonction des débits disponibles, des besoins et des droits d’eau historiques.
  • Sécuriser l’eau potable : garantir en priorité l’alimentation en eau potable des communes de Mosset, Molitg-les-Bains, Campôme et Catllar, même en période de sécheresse.Adapter les prélèvements : moduler les volumes prélevables en fonction des débits mesurés dans la rivière.

Comment ça marche ?

Relevé de débit des eaux de la rivière la Castellane © PNRPC
  • Suivi hydrologique : le débit de la Castellane est mesuré chaque semaine par le Parc ou le SMTBV. Une station hydrométrique installée par le SMTBV devrait permettre de mesurer ce débit en temps réel. Ces données permettent d’ajuster les prélèvements en fonction de la ressource disponible.
  • Débits réservés : chaque ouvrage de prélèvement doit respecter un débit réservé afin de préserver la vie aquatique. En cas d’étiage exceptionnel, des dérogations temporaires peuvent être accordées par l’autorité administrative.
  • Répartition équitable : les canaux s’engagent à limiter leurs prélèvements en fonction des seuils définis dans le protocole.
  • Gouvernance locale : un Comité local de gestion de l’eau a été créé pour suivre l’application du protocole, arbitrer les éventuels conflits et proposer des ajustements.

Des engagements concrets

Les ASA des canaux s’engagent à :

  • relever chaque semaine les hauteurs d’eau et adapter leurs prélèvements ;
  • respecter les débits maximaux prélevables définis par le protocole.

Les communes (Mosset, Catllar, Molitg-les-Bains, Campôme) s’engagent à :

  • informer les membres du Comité local de gestion de l’eau en cas de risque de rupture d’alimentation en eau potable ;
  • améliorer le rendement des réseaux d’eau potable (ex. : réaliser des travaux pour réduire les fuites).

Le Parc naturel régional des Pyrénées catalanes et le SMTBV s’engagent à :

  • assurer un suivi hydrologique et une animation afin d’accompagner les gestionnaires ;
  • coanimer les Comités locaux de gestion de l’eau.
Suivi hydrologique la Castellane © PNRPC

Prochaines étapes

Ce protocole, reconduit tacitement chaque année, pourra évoluer en fonction des retours d’expérience. La station hydrométrique installée en amont devrait permettre une plus grande autonomie des gestionnaires locaux dans la gestion de la ressource ainsi qu’une meilleure réactivité pour adapter les prélèvements à son évolution.

Pourquoi c’est important ?

En organisant le partage de l’eau, le protocole limite les risques de conflits entre usagers. Le respect des débits réservés garantit la survie des espèces aquatiques, comme la truite fario ou le desman des Pyrénées, emblématiques de notre territoire. Avec des étiages de plus en plus sévères, ce type de gestion collective devient indispensable pour les territoires méditerranéens. Ce protocole pourrait servir de modèle à d’autres vallées du Parc naturel régional des Pyrénées catalanes, voire au-delà.

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